Le guide du transport d'oeuvres d'arts

Le transport et l'emballages d'oeuvres d'art est une activité complexe

Chaque oeuvre ou objet d’art est unique et irremplaçable. La plupart des déplacements créent des situations particulières, voire inédites, en terme de volume à transporter, de formalités à remplir, de sécurité, de coûts et de délais. Ce sont des opérations sur mesure qui exigent l’engagement et la coordination de plusieurs métiers :
  • L’EMBALLAGE : de la simple protection sous couverture à la mise en caisse isotherme ou caisse carton container
  • LE TRANSPORT : l’acheminement partout à travers le monde (par camion, avion, bateau ou train) et son suivi
  • LES MANUTENTIONS ET LE BARDAGE : toutes les formes de manutention manuelle ou mécanique pour déplacer et installer une oeuvre
  • LE MAGASINAGE : stockage à la demande des oeuvres ou des caisses dans un entrepôt sous haute sécurité
  • LES FORMALITÉS « BEAUX-ARTS » ET DOUANIÈRES : toutes les démarches permettant aux oeuvres de circuler

Le transport aérien ce qu'il faut savoir sur la palettisation

La palettisation désigne le chargement sur une palette (ouverte) ou dans un conteneur (fermé). La palettisation consiste à placer la ou les caisses sur la planche métallique (préalablement isolée par un film plastique) et à les fixer de manière stable (sous un autre film plastique) au moyen d’un filet arrimé à la palette par des crochets. Il existe de très nombreux types de palettes (palettes perdu, palette standard, palette europe) et conteneurs selon la taille ou l’usage spécial pour lequel ils sont prévus. Chaque type est désigné par un nom de code international. Attention aux hauteurs maximales de chargement selon le type de palette et d’avion !

Le transport maritime

POUR LES OBJETS LOURDS ET PEU FRAGILES
Le bateau est sans aucun doute le mode de transport le plus économique pour les objets lourds et peu fragiles.
On limite cependant son usage pour les raisons suivantes :

  • Durée des traversées (par exemple, 20 jours au moins entre le Havre et Tokyo),
  • Route et délai d’arrivée difficiles à confirmer à 48 heures près,
  • Manipulations mécaniques brutales des conteneurs,
  • Chargement et déchargement non contrôlables,
  • Insécurité relative dans les ports,

Le transport ferroviaire

DANS QUELS CAS CHOISIR LE TRAIN ?
Le TGV est un moyen de transport pratique et rapide de centre-ville à centre-ville pour un petit bagage à main (à condition cependant que le prêteur et la compagnie d’assurances l’acceptent - en raison du va-et-vient existant dans un train).

Caisse ou tamponnage ? 

Galeristes ou collectionneurs, vous voulez faire fabriquer une caisse qui ne servira qu’une fois : quel budget êtes-vous prêt à y consacrer ? Organisateurs d’expositions, les normes d’emballage préconisées par les musées prêteurs seront-elles compatibles avec votre budget d’exposition ?
Comment, pour une oeuvre et un transport donnés, trouver l’emballage le mieux adapté et au meilleur prix ?
Et comment limiter éventuellement les coûts liés à la fabrication de caisses ?
Dans la pratique, le type d’emballage résulte :
- du budget et des consignes du payeur ;
- des exigences du prêteur considérées comme acceptables ;
En matière d’emballage, il n’est pas toujours facile de faire le bon choix !

Techniques et matériaux d'emballage

LA THÉORIE DES « TROIS COUCHES »
Un emballage complet, qu’il s’agisse de caisse ou de tamponnage, comprend trois épaisseurs :
La première couche, au contact de l’oeuvre, protège sa surface de la poussière, des éraflures ou des traces de doigt.
La deuxième couche, comme un coussin intermédiaire, réduit les vibrations, amortit les heurts, atténue les variations de température et d’hygrométrie.
La troisième couche, sorte de coquille rigide, est faite pour résister aux chocs et pour faciliter les manipulations.
Selon les oeuvres et selon le type de transport, nous verrons plus loin si ces trois couches sont toujours nécessaires.

LES MATÉRIAUX UTILISÉS

En première couche (celle qui protège la surface), les fournitures qui viennent au contact de l’oeuvre doivent être chimiquement neutres ; dites-vous par exemple qu’un papier de soie ou papier mousseline de qualité moyenne sera acide et, qui plus est, une fois froissé ne sera plus aussi « soyeux ». La transparence du matériau est également appréciée pour voir l’oeuvre sous cette première couche. Selon les cas et les budgets utilisez le papier de soie, le papier cristal, le mélinex ou des composés à base de fibres polyester comme le tyvek.
En deuxième couche (celle qui tient lieu de coussin), le produit-roi est la mousse de polyuréthane ou polyéthylène sous toutes ses formes, épaisseurs et densités. La mousse est surtout utilisée pour garnir les caisses. Les autres matériaux utilisés pour le tamponnage sont principalement : le bullpack, le bullkraft et le film mousse, mais aussi le papier-filet (pour les meubles par exemple).
En troisième couche (celle qui donne la rigidité et la résistance à la pénétration), le matériau de référence pour la fabrication des caisses et cadres de voyage est le bois, principalement le contre-plaqué ; l’aluminium et les composés plastiques sont également très présents aujourd’hui. En matière de tamponnage, le carton reste un produit sans égal pour terminer la troisième couche : il est pratique, économique et facile à travailler.

QU’EST-CE QU’UN TAMPONNAGE SOIGNÉ ?
Le tamponnage désigne toutes les formes de protection et d’emballage à l’exception d’une caisse. Ce type d’emballage concerne la plupart des objets manipulables manuellement. Il est souvent suffisant pour des trajets par camion en France et en Europe. 

Tamponnage ou caisse, quel emballage choisir ? 

Pour choisir un emballage, deux séries de facteurs doivent être pris en considération : d’une part les caractéristiques de l’oeuvre et sa fragilité dans le lieu où elle se trouve ; d’autre part les caractéristiques du ou des moyens de transport envisagés. Comment faire la synthèse de tous ces facteurs ? A défaut de recette absolue, nous vous proposons simplement une grille d’analyse assortie d’un jeu de notation.

UNE GRILLE D’ÉVALUATION PRATIQUE :
Le but est d’examiner et de mesurer l’incidence des principaux paramètres qui conditionnent le choix d’un emballage. S’il est très difficile, voire impossible, d’en avoir une approche totalement rationnelle, il est néanmoins possible de rechercher un minimum de cohérence. Il faut pour cela se poser les bonnes questions et tenter d’avoir une vue d’ensemble.
C’est ce que nous vous proposons de faire à l’aide d’un questionnaire accompagné d’une synthèse graphique.
VOICI COMMENT NOUS VOUS INVITONS À PROCÉDER :

  • Imaginez une situation réelle de votre choix : vous devez faire voyager une oeuvre et vous voulez décider de l’emballage approprié,
  • Analysez votre cas à travers les deux séries de questions que nous avons retenues : 10 paramètres de « fragilité » et 10 paramètres liés au transport et aux manutentions,
  • Notez de 1 à 10 chaque paramètre dans chaque série,
  • Additionnez les 10 notes dans chaque série,
  • Le point d’intersection s’inscrit dans une zone qui indique un niveau ou type d’emballage.

Quel emballage choisir ?

ANALYSEZ ET NOTEZ LES DIX PARAMÈTRES DE « FRAGILITÉ »
(de 1 : peu fragile, à 10 : très fragile)
1. Type d’objet et de technique
S’agit-il d’une peinture ou d’une sculpture ? D’une médaille ou d’un manuscrit ? Tout le monde s’accordera à dire qu’une sculpture de Calder ne nécessite pas le même traitement qu’un pastel de Degas.

2. Matières
Il faut bien les connaître et savoir comment elles réagissent. L’albâtre est plus fragile que le marbre qui l’est moins que le granit. Le tilleul est plus fragile que le chêne. Des panneaux sur bois du XVIe pourront être moins fragiles que certaines oeuvres de Tapiés.

3. Age de l’oeuvre
En général, plus un objet est ancien, plus il est réputé fragile : au fil du temps, l’humidité, le gel, la lumière et la pollution fragilisent les oeuvres exposées en plein air ; ailleurs, la chaleur sèche d’une bibliothèque municipale aura fragilisé un meuble en noyer malgré la qualité de sa facture.

4. Environnement physique et climatique de l’oeuvre
Les boulets de canon du San Diego, en parfait état après quatre siècles par plusieurs dizaines de mètres de fond au large des Philippines, se sont révélés extrêmement fragiles une fois sortis de l’eau. A l’inverse, des conditions de conservation parfaite (en termes d’humidité, de température et de luminosité) peuvent aussi devenir un facteur de fragilisation lors d’un transport dans un autre lieu. Il arrive que des prêts soient refusés pour cette raison.

5. Environnement politico-culturel
Paramètre à ne pas sous-estimer, l’oeuvre devient fragile et source d’inquiétude au moment d’être prêtée, alors qu’elle ne l’est pas forcément physiquement. Telle terre-crue, d’un intérêt muséologique moyen et en bon état de conservation, une fois sortie du musée d’une capitale africaine, devra bel et bien être considérée comme « fragile ». De la même façon, une modeste peinture de David accrochée derrière le bureau d’un édile, deviendra une « Joconde ».

6. L’historique du transport
Quel est l’historique des déplacements précédents ? Certaines oeuvres passent presque plus de temps en avion que sur les cimaises et ne semblent pas en souffrir. D’autres n’ont pas cette chance : un incident ou deux, et les voilà classées « fragiles », même si par ailleurs leur état de conservation ne le justifie pas.

7. Etat de conservation
C’est le principal paramètre pris en considération. Non sans difficulté. Que penser de la fragilité de cette oeuvre récemment restaurée : sa zone de craquelures peut-elle s’étendre ? Faute de réponse précise et rapide, bien des rigidités ou blocages peuvent advenir.

8. Valeur financière
Une oeuvre agréée ou estimée à plusieurs millions d’euros devient très vite « fragile ». Mais faut-il absolument une caisse ? Est-ce une exigence de la compagnie d’assurance ?

9. Valeur patrimoniale
Patrimoine mondial, national, régional… Qu’il s’agisse de la Victoire de Samothrace ou d’un reliquaire paroissial en Corrèze, il faudra tenir compte de cette valeur supplémentaire attachée à l’oeuvre.

10. Valeur affective
Volonté de faire partager sa passion dans le monde entier ou amour jaloux ? L’attachement personnel à une oeuvre peut porter à l’un ou l’autre excès, quel que soit par ailleurs l’état objectif de conservation. C’est au régisseur ou à l’emballeur de l’apprécier.

ANALYSEZ ET NOTEZ LES DIX PARAMÈTRES LIÉS AU TRANSPORT ET AUX MANUTENTIONS
(de 1 : transport « facile », à 10 : opération « compliquée »)
1. Manutention manuelle ou mécanique
Si telle sculpture peut être acheminée sur un chariot poussé au pas par quatre hommes, une bonne protection sous couverture sera probablement suffisante ; en revanche, si son poids exige un chariot élévateur ou une grue, une caisse à claire-voie sera recommandée. Tel grand tableau pourra descendre l’escalier sous simple protection ; s’il faut une grue pour le passer par la fenêtre, une caisse sera nécessaire, ou au moins un cadre protecteur.

2. Transport direct ou rupture de charge
Un voyage entre le Louvre et la Tate Gallery se fera-t-il porte à porte en camion climatisé, ou bien par avion avec camionnage à Roissy et Heathrow ? Les durées totales de transport seront au bout du compte comparables, mais les conditions ne seront pas les mêmes du point de vue de l’emballage : chargement et déchargement aux aéroports, variations de température… Pour des destinations plus lointaines, il faudra tenir compte des escales et prévoir des caisses permettant une manipulation aisée.

3. Durée totale du transport
Plus la durée du voyage est longue, plus le risque est élevé : les variations de température et d’hygrométrie seront plus difficiles à prévoir. Pour un vol européen d’une heure, une caisse standard « musée » sera probablement suffisante ; pour un vol Bruxelles-Tokyo, une caisse climatisée sera nécessaire.

4. Transport terrestre exclusif ou groupé
Si le voyage se fait par voie terrestre de bout en bout, s’agirat- il d’un transport exclusif, ou groupé ? Un excellent emballage pourra dans certains cas vous faire profiter des tarifs très avantageux des transporteurs européens en groupage d’oeuvres d’art ou en groupage ordinaire. Mais qui dit groupage dit en général « dégroupage » et passage en magasin.

5. Transport aérien direct ou en groupage
Si vous optez pour une opération « directe », vous serez informé du vol choisi, de l’heure de départ, de l’heure d’arrivée.
Mais si vous choisissez une opération « groupée », vous n’aurez alors qu’une date d’arrivée indicative et peu d’information sur l’itinéraire, les escales et ruptures de charge. Il faudra donc avoir prévu une caisse en consé-quence.

6. Transport maritime
Le bateau est presque exclusivement utilisé pour les transports transocéaniques de grosses sculptures peu fragiles. Il faudra avoir à l’esprit les inconvénients propres à ce mode de transport : difficulté, sinon impossibilité de contrôle de l’embarquement ou du débarquement des conteneurs ; brutalité des manutentions mécaniques ; risque de corrosion par l’air marin (même dans des conteneurs spéciaux).

7. Environnement physique pendant le transport
L’état des routes en Mongolie, les pluies des Philippines, l’enneigement de la route entre Vienne et Munich, ou tout simplement la température d’un camion circulant sur autoroute en plein été entre Bruxelles et Marseille sont autant d’éléments à prévoir dans le choix de l’emballage.

8. Conditions de travail et réglementations à l’étranger
S’il est possible de retirer une caisse de l’aéroport de Roissy en moins de trois heures, il en faudra au moins huit à l’aéroport de Lima. Si, à Roissy, on peut accompagner un convoyeur et son bagage à main jusqu’à l’avion, à son arrivée à Washington, il faut l’attendre comme tout le monde après le « contrôle de police ».

9. Présence d’un convoyeur
C’est un paramètre essentiel pour limiter le risque global. A condition toutefois que le convoyeur possède la rigueur et la personnalité requises pour sa mission… et que la société de transport spécialisée l’assiste avec sérieux et efficacité.

10. Itinérance
S’agit-il d’emballer une oeuvre pour un simple aller et retour ou pour une exposition itinérante de plusieurs étapes à travers le monde ? Généralement, plus les étapes sont nombreuses, plus le risque s’accroît. Ce paramètre est très important d’un point de vue technique : il faudra prévoir un système adapté à des ouvertures et fermetures répétées.

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